Le CMS fait partie du patrimoine Canaulais : histoire et témoignages

Le CMS (sanatorium) dit Prévent

Le 29 juin 1920, l’Association des Dames françaises (reconnue d’utilité publique, et fondée en 1879) achète ce terrain au bord du lac propriété jusque-là des Américains, afin de créer un sanatorium. Une seconde parcelle sera achetée en 1923.

En 1940, la Société de Secours aux Blessés militaires et l’Union des Femmes de France fusionnent pour former la Croix-Rouge française.

Le sanatorium pour enfants tuberculeux est inauguré en 1922 en présence de Paul Strauss, ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales. Les bâtiments construits par l’armée américaine sont réaménagés : dortoirs, logement du personnel, école, crèche pour les tous petits malades… Les cuisines, les réfectoires… sont construits en 1925. A cette époque, le domaine s'étend sur 13 hectares et comporte entre 20 et 30 bâtiments.

En mars 1942, le sanatorium, appelé aussi station climatique, est réquisitionné par les troupes allemandes jusqu’en août 1944. A leur départ, elles font sauter les munitions stockées sur le site. Le souffle provoque de gros dégâts sur les bâtiments alentour dont l’un des dortoirs qui s’écroule. Les premiers travaux de reconstruction ont lieu dès 1945 et permettent d’accueillir rapidement à nouveaux des enfants puis dans les années 60 les 3 classes du primaire pour les seuls enfants du préventorium sont mises en route.

Le Dr Pierre Arnou Laujeac, médecin à Lacanau (futur maire) poursuivra cette œuvre par la création d'un centre médico scolaire avec un collège d'enseignement général destinés aux enfants atteints d'handicaps osseux notamment la scoliose. Cet établissement sera également ouvert à tous les enfants de la commune. Hélas il fermera en 1985, Mme Lavaud, et M.Nicoletti en assurent la direction à ce moment-là.

M.Delbeau y fera des cours tout en ayant la sous-direction pour le collège par l'éducation nationale.

Le partage des souvenirs

R.87 ans : Je fus hospitalisée en 1941-42 là-bas pour les poumons voilés. Je me rappelle qu'on nous mettait sur les marches des dortoirs...tous nous entonnions « la java bleue » !

Un jour nous sommes partis faire une promenade en direction de Longarisse (la route s'arrêtait là-bas) : nous y avons rencontré un troupeau de vache sauvage de M.Gaillard.Nous nous sommes tous rangés en ligne sans bouger car nous avions un peu peur de ces vaches .

Le collège n'existait pas encore, et il n'y avait que les malades des poumons.

A.78 ans : Ma mère, pendant 10 ans, tenait la gare du Moutchic quand il y avait les trains (l'autobus les a remplacés).

Un week-end m'a particulièrement marqué. Je n'avais que 8 ans, la Croix rouge portait des blessés pour un exercice à la gare : ce va et vient est resté gravé dans ma mémoire.

Je me souviens aussi y aller à la messe dans la chapelle maintenant détruite.

Il y avait beaucoup d'animation : des troupes organisaient des spectacles dans la chapelle pour les enfants.

C'était très animé, 3 épiceries existaient au Moutchic; certains parents venaient rendre visite le week-end....

En face de la gare il y avait le « petit robinson » : Il était plein tous les dimanches ; on y dansait.

Plus tard, mon époux livrait la viande là-bas. C'était un bon débouché ; il y avait des grandes cuisines avec un grand réfectoire. Il y avait du personnel, des cuisiniers…

Mon fils y est allé au collège : son meilleur souvenir est le cours d'occitan avec M.Delbeau.

P.72ans : C'est en arrivant travailler là-bas que j'ai pris conscience de la maladie chez les enfants, les brulés, les pathologies osseuses, les maladies pulmonaires... Ils étés très bien soignés, la rééducation et le suivi médical étaient très sérieux, très bien. Avec le temps pour moi ils étaient comme les autres enfants.

S.51ans : Le collège était installé dans des préfabriqués, il y avait tous les niveaux dans les classes, « même allégés » ...

Le collège avait été créé pour les enfants malades mais nous, les jeunes de la commune, en profitions aussi.

D.50 ans : Personne ne séchait les cours car nous étions contents d'être là... Nous faisions des cabanes dans les arbres, nous jouions au base-ball... bref, juste heureux d'être là.

On s'entendait bien avec les malades : que des bons souvenirs......

Je me souviens aussi du boulanger qui venait nous porter les chocolatines à la récrée du matin... Hum ! L'odeur, le souvenir, la Madeleine de Proust !

Il y en a même qui se sont rencontrés au collège et qui sont toujours mariés à ce jour.

C.51 ans : Quand on y allait, on était en cours avec les malades dont certains avaient des corsets en plastique ou en plâtre. Parfois certains d'entre eux avaient des malaises et on les accompagnait à l'infirmerie.

On était libre, on y allait à bicyclette puis en intercours on allait se promener jusqu'à la vierge au fond du parc.

Une période heureuse... avant d'aller à Pauillac.

P.53 ans : C'était merveilleux, on était solidaire avec ces jeunes plâtrés. On s'amusait gentiment avec eux, alors ils n'étaient plus malades. Ils venaient de toute la France et nous étions tous heureux.

Les sœurs ne faisaient pas les cours (c'étaient des professeurs qui venaient de l'extérieur) mais elles jouaient avec nous.

Il y avait 2 directeurs :

-M.Senac était directeur du collège d'Hourtin et à Lacanau directeur de l'école publique du prévent.

-M. Arnou Laujeac, directeur du préventorium, (qui habitait la maison en bord de lac), qui nous offrait parfois une collation chez lui dans sa villa.

J'aimais tout au prévent, sauf les cours. Parfois, on traversait juste la route pour aller au lac. Le souvenir des levers de soleil sur le lac en arrivant en bus était magnifique.

Ce bus, c'était un J9 gris avec des bancs en bois faisant office de sièges. En arrivant, une grande allée en marronniers nous amenait aux préfabriqués.

Un jeune pion muté là, nous avait appris à jouer au base-ball car on avait assez d'espace pour le pratiquer.

Il y avait une chapelle qui servait aussi à recevoir du théâtre ; on y faisait les kermesses...Des années merveilleuses.

H.82 ans : Un de mes enfants y était. Que des compliments à faire... Il y avait de bons professeurs dans l'ensemble.

M.70ans : Lorsque je suis arrivée en 1965 pour travailler au prévent, il recevait toujours des jeunes atteints de maladies pulmonaires mais aussi des scolioses opérées et des cyphoses plâtrées. D'où, dans chaque bâtiment il y avait une sœur infirmière affectée.

Il régnait une ambiance de bonne camaraderie et d'entente avec les personnels, le médecin, les sœurs, l’aumônier... même si les sœurs et la mère supérieure ne voulaient qu'aucun de nous ne porte de pantalons ni de manches courtes.

J'ai travaillé sur divers postes, même si un en particulier m'était assigné : Le Docteur Arnou Laujeac disait qu'il fallait être polyvalent. En effet, il fallait savoir tout faire, même les plâtres et passer le transport en commun.... Utile par exemple pour amener les enfants en piques niques jusqu'au Cap ferret ou la Palmyre. Lorsque j'en suis partie à sa fermeture en 1985, le centre devait être reconstruit à Canéjan. Cela ne s'est pas fait, on a eu des propositions de reclassement de la croix rouge, mais pour certains ce ne fut pas possible. La médecine ambulatoire a permis aux jeunes d'être soignés en ville près de chez eux ; ils ne venaient donc plus sur le Moutchic.

Maintenant, ll faudrait remonter une maison médicale spécialisée (médecins spécialistes venant une fois par semaine). Ne pas se cantonner à une seule pathologie. Il faudrait plusieurs pavillons pour recevoir plusieurs handicaps, rééducations de polytraumatisés de la route.... Ainsi que plusieurs pathologies comme Alzheimer, parkinson, ou des suites de soins ou de repos pour des personnes ayant été opérées.

C.57 ans : "Année de mes 15 ans passée au CMS du Moutchic, pour une opération de la colonne vertébrale. Pas vraiment une maladie mais une épreuve dans ma vie d'adolescente...souvenir d'un centre médical dans la pinède, dortoir des opérées face à un lac paisible, que nous contemplions toutes durant la journée, l'odeur des pins, la sérénité, le climat doux et agréable, l'ambiance familiale avec des malades venus de tous horizons, une scolarité quasi normale dans des bâtiments à l'arrière où enfants de Lacanau, "valides" et personnes jeunes ou adultes souffrant de problèmes osseux pour la plupart, se côtoyaient sans aucune différence. Une façon d'oublier ses misères passagères-plâtres, corsets... Bref une période de ma vie dans un endroit exceptionnel, dont le souvenir n'est pas triste !"

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